Guide hachette des rhums de Christine Lambert

A propos du guide Hachette des rhums : L’interview de l’auteure Christine Lambert.

couverture guide hachette des rhumsC’est un peu par hasard et grâce à un membre du Rhum Club Alsace (merci Philippe), que j’ai appris en 2017 la parution prochaine et dans la plus grande discrétion d’un guide Hachette des rhums par Christine Lambert.

A sa sortie, je me suis précipité sur Amazon pour découvrir son contenu que j’ai lu avec grand intérêt. De toute évidence, il comble un vide en termes de parution en français et sur le rhum en général.

Comme j’avais aussi très envie de mieux connaître l’auteure et sa motivation… J’ai posé mes questions à Christine Lambert pour découvrir quelques-uns des secrets de ce guide.

Guide-rhum : On vous connaît pour écrire de nombreuses chroniques sur Slate.fr et également comme journaliste pour whisky magazine. Comment en êtes vous arrivée à écrire un guide sur les rhums ? Qu’est-ce qui a fait basculer la balance en faveur du rhum ?

Christine Lambert : C’est l’éditeur, Hachette, qui m’a contactée pour me proposer le projet. Bien qu’extrêmement flattée, j’étais surtout très surprise : j’écris beaucoup plus souvent sur le whisky que sur le rhum, d’une part, et sur un ton volontiers provocateur d’autre part, soit aux antipodes du style de cette collection de guides. Ces gens-là sont inconscients, me suis-je dit. Mais j’ai un faible pour les téméraires. Alors j’ai saisi l’occasion de me livrer à un exercice un peu nouveau à bien des égards.

Quel(s) rhum(s) vous a mis le pied à l’étrier, à quelle occasion ?

Le flacon qui m’a fait entrevoir que les rhums pouvaient approcher ou équivaloir les grands whiskies, je m’en souviens avec précision, c’était le Diamond 1981 (31 ans) de Velier, dégusté en 2013 je crois – peut-être 2012. A l‘issue d’une masterclass au Whisky Live Paris, Luca Gargano en avait fait sauter la capsule avec générosité. Je me cramponnais au verre comme si ma vie en dépendais (Bon, j’avoue : j’ai fini par échanger le fond de la copita contre un vieux Rosebank). Ce n’est pas le « meilleur » rhum que j’ai bu à ce jour, mais c’est celui qui pour la première fois m’a fait penser : « Tiens, peut-être… » Peut-être que le sujet mérite qu’on s’y intéresse de plus près… De beaucoup plus près.

Ce livre comble un vide dans la connaissance de l’univers des rhums, aviez vous la liberté de rédiger ce guide comme bon vous semble, et d’en faire un outil quasi pédagogique ?

Au fond, c’est ce vide à combler qui m’a convaincue de plonger tête la première dans ce projet, avec tous les risque inhérents : pas grand-chose sur quoi s’appuyer, sources très contradictoires, législations opaques, etc. Hachette voulait décliner ce guide sur le modèle qui a fait le succès de sa collection, et je ne devais pas (trop) m’éloigner du cadre : découpage géographique impératif (ce qui s’avère souvent un casse-tête dans le rhum), introduction générale complète et très didactique, ton sérieux et abordable pour un large public, multitude de renseignements pratiques…En faire un « outil quasi pédagogique », c’était presque un résumé du cahier des charges de départ. Mais une fois défini ce cadre, l’éditeur m’a fichu une paix royale et n’est pas intervenu, ni dans mes choix éditoriaux, ni dans ma sélection de flacons.

Quel public visez vous avec ce guide ?

Tous les publics : les amateurs, les connaisseurs, les fraîchement convertis qui ne demandent qu’à creuser. Mais, comme avec mes articles, ce qui m’amuse et m’intéresse le plus, c’est d’aller harponner les hésitants, les vaguement curieux, ceux qui ne demanderaient qu’à… J’aime l’idée de leur ouvrir la porte puis de leur filer les clés des champs pour qu’ils se baladent. Le guide, c’est le plan pour retrouver ton chemin si tu y tiens, mais pas un itinéraire officiel. Tu n’es pas obligé de garder le nez dessus. J’encourage même vivement les lecteurs à se perdre car, parfois, de belles découvertes te tombent dessus quand tu prends le risque de t’égarer.

Combien de temps avez-vous travaillé sur la recherche documentaire, et quelles ont été vos meilleures sources d’information ?

J’ai eu très peu de temps pour travailler, si l’on considère l’ampleur du sujet : moins de six mois pour rendre 650.000 signes. Ça a été du full time et quasi no life. Jamais eu autant envie de boire de l’eau qu’une fois la copie rendue ! Jamais autant fantasmé sur des caisses d’Evian que l’été qui a suivi le bouclage. Car ne l’oublions pas, la majeure partie du guide regroupe les notes de dégustation.

Les sources sont les mêmes que pour mes articles : lectures (livres, presse, archives, textes législatifs, blogs…), échanges et interviews, reportages… Le plus compliqué, c’est toujours d’obtenir les chiffres – production, ventes, etc. J’avoue que je n’étais pas peu fière de publier les derniers chiffres de production de rhum en France avant même que le ministère les rende publics. Et la vraie galère, ensuite, c’est de tout recouper, tout vérifier autant que possible. Non, correction : la vraie purge (et la plus chronophage), c’est de relancer par mail des centaines de distilleries pour vérifier leurs coordonnées et avoir confirmation que la moindre fazenda brésilienne se visite – ou pas !

C’est toujours difficile de faire une sélection restreinte de rhums à faire figurer dans un ouvrage… Comment avez-vous procédé ? Avez-vous dégusté  les 400 rhums présents dans le guide ? Quel a été la ligne directrice pour cette sélection ?

J’avoue que je tombe sur le cul à chaque fois que… pardon, je veux dire : je suis sidérée à chaque fois qu’on me demande si j’ai dégusté les 400 rhums présents dans le guide. Parce que si vous connaissez une autre méthode pour commenter et noter un spiritueux, je suis preneuse, ma foi (mon foie…) ! La ligne directrice pour les sélectionner m’était fournie par l’éditeur : il fallait que les rhums soient facilement disponibles en France, en balayant aussi largement que possible l’éventail des styles et des pays producteurs. Cela impliquait de ne pas traiter les flacons anciens, les collectors hautement spéculatifs (j’ai fait quelques exceptions), bref, interdit de se faire plaisir en notant les bouteilles que les spécialistes et la presse ont la chance de goûter mais que la grande majorité des gens n’approcheront pas, sauf à braquer un camion Brinks. Et j’ai volontairement consacré aux rhums agricoles des DOM une place hors de proportion par rapport à leur importance sur le marché mondial, car ce sont les plus appréciés en France

Certains rhums incontournables ne sont pas cités dans le guide.  Abuelo 12 ans, Millonario XO, ou encore les rhums vieux Bologne qui font d’énormes progrès, j’avoue également être surpris par l’absence des rhums Chantal Comte. A l’opposé les rhums de la Compagnie des Indes sont très bien représentés. Avez-vous comme pour les concours demandé des échantillons aux marques pour y faire figurer seulement les échantillons reçus ? J’entends par là que les marques souhaitent mettre en avant uniquement des produits ciblés ?

Je n’ai pas voulu utiliser les notes de dégustations accumulées depuis des années, afin de pouvoir tout ré-étalonner sur une durée très courte et dans les mêmes conditions, et obtenir une photographie plus juste. Quelques groupes, marques et distilleries m’ont fourni des échantillons, mais étant donné les délais impartis, j’ai surtout sollicité les distributeurs pour gagner du temps. Certains ont été plus réactifs que d’autres, j’ai donc ensuite complété, avec l’aide de cavistes généreux, d’amis amateurs. Et j’ai rempli des dizaines et des dizaines de fioles dans les dégustations, les masterclasses, le Rhum Fest… Il y a quelques impasses, c’est certain, mais parmi les noms que vous citez certaines sont volontaires – j’ai dégusté près de 500 rhums, et beaucoup ne sont pas entrés dans le guide. D’autres impasses seront je l’espère comblées dans la prochaine édition, sachant que l’exhaustivité n’est pas l’objectif – si tant est qu’elle soit possible en l’occurrence.

compo-Meilleurs pairings

Chaque rhum fait l’objet d’un accord ou d’un mode de consommation conseillé, c’est une riche idée ! Comment avez-vous procédé, est ce possible de faire tous ces tests ? C’est un projet titanesque… Avez-vous une anecdote ?

Oui, c’est un énorme boulot – merci de le reconnaître, car cela ne représente qu’une minuscule ligne au pied de chaque note de dégustation ! Et là, heureusement, j’ai reçu pas mal d’aide. Au fil des années, à force d’écrire sur les spiritueux, j’ai heureusement accumulé dans mes notes beaucoup de suggestions d’accords que j’ai enfin utilisées. D’autres m’ont été suggérées, par des cavistes épicurieux, par des bartenders, par des amis, par les marques ou les distributeurs parfois, qui travaillent de plus en plus ce genre d’associations. Et j’ai multiplié les essais de mon côté. Mais l’honnêteté m’oblige à préciser que je n’ai pas testé moi-même l’intégralité des accords proposés dans le guide, et en premier lieu les pairings avec cigares, bien que je ne crache pas dessus ! Les seuls accords que j’ai validés jusqu’au dernier sans exception sont les cocktails. Car en mixologie, certains drinks révèlent vraiment le rhum ou le poussent dans une direction intéressante. (Si l’on m’avait dit il y a encore quelques années que je prononcerais un jour cette phrase, je me serais sûrement pété trois côtes à force de me gondoler.)

Une anecdote ? J’ai un peu honte – non, en fait, même pas. Les derniers rhums retardataires ont été dégustés début juillet, alors que la canicule cuisait Paris à l’étouffé. Des conditions de dégustation horribles. J’ai donc goûté mes derniers samples… dans la salle de bain. La seule pièce fraîche dans mon appart le matin !

derniers tastings-m

La réalisation de ce guide des rhums vous a t-il donné l’envie d’en écrire un dans un style plus personnel  ou pourquoi pas collaborer au magazine RUMPORTER ?

Un autre bouquin sur le rhum dans un style plus décapant : oui, trois fois oui. Mais pas tout de suite. Ecrire un livre et le faire sérieusement, cela demande du temps et surtout énormément d’énergie. Cela me monopolise à 100%, m’oblige à mettre entre parenthèses mon activité de journaliste…et mon banquier se déchausse les molaires à force de grincer des dents car c’est mon unique source de revenus. J’aime bien Rumporter, je les lis régulièrement, mais ils n’ont pas besoin de moi, ils ont une équipe qui bosse très bien. Et j’ai pitié des lecteurs qui retrouvent toujours les mêmes noms au cul des papiers spiritueux !

Serez vous présente au Rhum Fest Paris en avril pour dédicacer votre ouvrage ?

J’y serai pour rincer les stands et remplir mes fioles, comme chaque année. Mais j’ai une écriture de cochon, et un mauvais karma pour les dédicaces. La dernière fois que je me suis laissée convaincre de faire une signature, les bouquins n’ont pas été livrés le jour J. Je crois que je suis la seule auteure à avoir assuré une dédicace sans ouvrages sur le stand. Grand moment de solitude. On m’en parle encore.

Pouvez vous me confier quel est votre prochain projet dans l’univers du rhum ?

Me mettre à jour dans les dégustations et écluser la caisse d’échantillons qui s’est déjà remplie depuis la parution du guide. Autrement dit, commenter et noter des dizaines de rhums. Non, je ne prends pas de stagiaires : faut jamais déléguer le sale boulot.

Vous l’aurez compris, vous pouvez toujours tenter de lui envoyer votre candidature pour les prochaines dégustations d’échantillons, poste à pourvoir ou non surement à plein temps après le Rhum Fest Paris en avril prochain 😉

Un grand merci à Christine Lambert d’avoir accepté de répondre à mes questions  sur Guide-rhum.com et pour RHUM Concept.

Bonne lecture du guide Hachette des rhums, que je vous recommande vivement cette année.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. sachez apprécier et consommer avec modération.

2 commentaires

  1. Bonjour,

    Je n’ai pas encore lu le livre, mais je me le suis procuré très vite.

    C’est intéressant d’en apprendre plus sur l’écriture d’un tel livre. Comme j’écris aussi en amateur, je suis admiratif du travail réalisé surtout quand j’apprend qu’il a été fait en 6 mois.

    J’aurai une question. Quel mode de lecture conseilleriez-vous ? Comme tout livre, de le lire de A à Z ? ou plutôt de se procurer les rhums en questions et de lire leurs pages en les dégustant ?

    Ce n’est pas à mon habitude, mais la deuxième méthode semble inviter à un voyage très intéressant.

    Merci pour cet interview très riche et intéressante.

    1. Author

      Régis,
      Je vous remercie pour votre commentaire, vous pouvez tout à fait le lire dans l’ordre chronologique des pages, c’est de cette manière qu’il est conçu. Rien ne vous empêche, au contraire même, de le lire accompagné d’un bon verre de rhum. Vous pourrez faire votre choix, en fonction de vos affinités pour une provenance ou une marque reconnue. Sur la boutique boutique-rhum.com, les rhums sont classés par marque ou provenance. Si vous avez besoin d’un conseil n’hésitez pas à m’appeler au 09.77.32.96.97.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.